
Chant Prénatal
La voix de la maman s’imprime
Bonjour Marie-Kikou,
Peux-tu nous parler de ton parcours et de la manière dont tu as découvert le chant prénatal ?
Qu’est-ce qui t’a donné envie d’ajouter cette pratique à ton métier ?
La voix est au cœur de mon parcours et de ma vie: chanteuse, cheffe de chœur, professeur d’éveil musicale avec la pédagogie Willems.
Je suis également praticienne agréée en psychophonie.
Cette démarche vise à apporter bien être et harmonie de façon sensorielle, vivante et holistique au travers de la voix.
Le chant prénatal fait partie de ses champs d’application.
Sensible à cette saison de la femme qu’est la grossesse et la maman en devenir, j’ai naturellement désiré partager cela par la pratique de la voix qui est une constituante pleine de potentiel en chacun.
Le chant prénatal reste parfois méconnu, comment expliquerais-tu cette pratique à une future maman curieuse de s’y initier ?
Les vibrations de la voix permettent de se ressentir et se découvrir dans les espaces intérieurs en transformations, bien sûr sur le plan physiologique mais aussi affectif et psychique.
Le pouvoir délassant, harmonisant, dynamisant et structurant de la voix va être utilisé pour le bien-être de la femme premièrement, puisque de sa santé dépend celle du bébé. A travers le lien à elle-même, c’est le lien à son bébé qui va aussi se tisser de façon plus sensitive, confiante et solide.
La voix de la maman s’imprime à vie sur l’enfant qui gardera une zone privilégiée pour elle dans son audition.
Parmi les différentes dimensions du chant prénatal — bien-être, lien au bébé, accompagnement de l’accouchement, continuité après la naissance — laquelle t’émeut ou te parle le plus dans ta pratique ?
Je ne saurais distinguer ni préférer un aspect plus qu’un autre tant ils participent à un seul processus du vivant.
La voix qui est intimement liée au souffle, donc au fait d’être vivant, accompagne chaque étape, consciemment ou inconsciemment. Si on peut les vivre pleinement par la pratique du chant par exemple, c’est bénéfique pour la maman et pour le bébé.
Concrètement, comment se déroule une séance ? (individuel ou groupe, types d’exercices, déroulé, etc.)
Nous commençons toujours par une mise en disposition du corps par le biais de mouvements, d’auto-massages, et de sonorisations variées pour mettre de suite la vibrations dans les zones « réveillées ».
La séance alterne des chants d’attente et d’accueil du bébé, de berceuses aussi avec des vocalises qui ciblent des régions du corps à détendre ou à dynamiser.
Le ressenti de chacune sera régulièrement sollicité pour verbaliser et partager les expériences. Permettre aussi aux papas présents de mieux comprendre ce que traversent leurs compagnes et trouver une place active auprès d’elles.
En quoi le travail de la voix et du souffle peut-il accompagner le corps pendant la grossesse et le jour de l’accouchement ?
La voix est l’expression vibrante du souffle.
Au lieu de faire des exercices « à vide » sur la respiration, la voix va permettre de les faire de façon plus tangible, ludique et sensible.
Pendant la grossesse, le chant va apporter bien-être, apaisement, joie, centrage, lien avec soi-même et le bébé.
De la même manière que le bébé est dans le cocon de l’utérus, par la voix, nous renforçons le cocon qui nous entoure. Celui-ci sera précieux pour être à même de déployer toutes les ressources au moment de l’accouchement.
Comme par exemple, produire les sons qui aident à gérer la douleur et de façon général à rester maître dans l’écoute son corps et de son bébé.
Le chant prénatal permet de créer un lien unique avec le bébé à naître.
Comment cette relation évolue-t-elle au fil des séances ?
Les chants (la plupart composés par des femmes) permettent souvent aux participantes d’exprimer plus clairement des émotions qu’elles ne se formulaient pas par rapport à leur état.
Par exemple, ils sont propices à la première expression d’amour « à haute voix » envers leur bébé, ou à ressentir comme il réagit à tel chant ou vocalise en particulier.
C’est surtout au niveau de la confiance en elle-même et de la capacité à être mère que je note une évolution. Ce qui passe par une relation au bébé de plus en plus confiante et assumée.
Certaines femmes pourraient hésiter à participer parce qu’elles pensent “ne pas savoir chanter”.
Comment les rassurer et leur faire découvrir le pouvoir de leur voix ?
C’est vrai que chanter peut être intimidant parce que notre voix est l’expression de notre identité. Mais n’est-ce pas justement la plus belle façon de rentrer en relation avec soi-même et son bébé?
Personne n’est là pour juger si votre voix est belle ou juste.
Elle l’est pour votre enfant.
C’est ce qui compte le plus pour vous qui le portez et l’attendez.
Ce véhicule qui vient de vos profondeurs et qui a pouvoir d’y retourner avec tout ce que vous voulez déjà partager avec votre bébé, ce serait dommage de ne pas en profiter puisqu’il fait partie de vous.
Quelle place le ou la partenaire peut-il/elle occuper dans cette expérience vocale partagée ?
Le liquide amniotique est un merveilleux canal de transmission des vibrations vocales. Le fœtus va imprimer les voix des personnes proches de sa mère dès le 4ème mois.
Et la voix d’un homme n’agit pas sur les mêmes parties du corps que celles d’une femme. C’est pourquoi si le partenaire peut partager le chant prénatal, c’est du bonus pour le bébé et pour la relation entre eux.
Cette personne est assimilée à un moment de parfait bien-être et pourra être une voix qui réconfortera et calmera le bébé.
De plus, certains sons et exercices nécessitent la présence du partenaire pour une efficience optimale. Ce qui fait que le partenaire à de quoi s’investir pendant la grossesse et à l’accouchement.
Invites-tu les jeunes parents à poursuivre le chant après la naissance. Si oui, quels sont bienfaits observés dans cette continuité ?
Personnellement je ne fais pas d’atelier postnatal.
En psychophonie, nous les appelons « chant familial » car il n’y a pas que la maman et le bébé qui y viennent, mais aussi le papa et les frères et sœurs et les mamies etc., il s’agit de réunir parents et enfants dans une dynamique collective.
Le chant partagé en famille est un réel moyen de prévention à un désert relationnel, et permet de nourrir les liens parentaux de façon conviviale.
Pour conclure, as-tu une chanson, un son ou un rituel vocal que tu recommanderais aux futures mamans pour se détendre ou se relier à leur bébé au quotidien ?
La meilleure chanson, c’est celle qu’elles aiment le plus.
La joie qu’elles ont à la chanter est reçue 100% par le bébé.
Tant que c’est avec leurs voix et non un enregistrement.
Un grand merci, Marie-kikou, pour le temps que tu nous as accordé et pour la richesse de tes explications sur les bienfaits du chant prénatal.
Tes mots mettent en lumière tout ce que cette pratique peut apporter, autant pour le corps que pour le lien avec le bébé.
Nous espérons que ton approche donnera envie à nos lectrices de se laisser porter par la vibration et de découvrir, à leur tour, la puissance du son pendant l’accouchement.
À bientôt !
À bientôt, merci beaucoup !
